EST-IL RAISONNABLE DE RECOMMANDER DINVESTIR DANS LES LOGEMENTS SUBVENTIONNES A GENEVE ?
Par François Hiltbrand. Le Temps, parution printemps 2001.
LEtat de Genève consacre une subvention, à fonds perdus, pour favoriser la construction dimmeubles sociaux, répartis en 3 catégories ; HBM (habitation bon marché), HLM (habitation à loyers modérés) et HM (habitation mixte). Un peu moins de 80 millions (sur le milliard de francs destinés aux subventions à caractère social) ont été dépensés en 2000 pour 23'565 logements. Cette subvention à la pierre, toujours pour la même année, profite au 11,4 % du parc immobilier. Cette subvention a pour but dabaisser les loyers à un niveau supportable, elle est accordée irrévocablement par un arrêté du Conseil dEtat et reste attachée à limmeuble quel quen soit le propriétaire. La subvention, dégressive sur une période de 25 ans, est versée semestriellement au propriétaire. Simultanément à cette diminution dallocations étatiques, les loyers sont augmentés dans la même proportion, pour maintenir la rentabilité des fonds propres investis par le propriétaire. Celui-ci bénéficie également dune protection contre les variations de taux, le taux de référence étant le taux des hypothèques variables de la BCGe. Il bénéficie encore dune réduction de la charge fiscale sur une période de 20 ans.
Dès lors quels sont les contre-arguments qui retiendraient linvestisseur dont le revenu serait pourtant garanti sur une période dau moins 25 ans ?
Il y a premièrement, notamment par les investisseurs venant dautres cantons, une méconnaissance du principe de la subvention, confondue avec des prêts étatiques, alors que celle-ci est accordée à fonds perdus. Je nai pas les compétences pour déterminer si lEtat de Genève sera en faillite pour quil ne puisse remplire ses obligations. Je laisse au lecteur le soin de déterminer ce risque.
Vient ensuite lobligation de transparence des coûts, tant sur le contrôle des prix du terrain que des prix de la construction, ainsi que pour la fixation des loyers. Cest le " prix " à payer pour bénéficier de la subvention et de lexonération.
Troisièmement la sélection des locataires qui est opérée en fonction de leurs situations. Bien que la subvention soit totalement indépendante de la situation financière du locataire, lequel pouvant bénéficier également dune aide personnelle, elle nest pas garante du taux doccupation de limmeuble. Les locataires ne sont acceptés que sils remplissent un certain nombre de conditions ; financièrement, le loyer doit représenter un pourcentage du revenu annuel (environs 20 %) et physiquement, le nombre doccupants doit correspondre au nombre de pièces, cuisine non comprise. Une surtaxe, rapidement dissuasive, sera facturée au locataire émargeant des limites. Cette crainte peut être écartée dune part par la crise du logement qui sévit actuellement sur le canton et dautre part par la possibilité dextraire du contrôle certains logements qui ne correspondraient pas à la demande de logements subventionnés.
Enfin il y a lobligation de constituer un fond de réserve (annuellement 1,25 % du coût de construction), qui restera attaché à limmeuble. Certes, cette obligation diminue le revenu annuel, mais objectivement ce fond de rénovation doit être constitué dune manière ou dune autre. Cette contrainte a par contre un effet positif pour le maintien de la qualité dun immeuble et cet argument devrait être plus souvent utilisé dans les négociations (de taux) avec les créanciers gagistes.
La loi générale sur le logement et la protection des locataires (I 4.05), que jai essayé de résumer ci-dessus, est complexe mais ce nest pas un argument suffisant pour quelle reste la chasse gardée dun certain nombre dinitiés locaux ou des fondations de droit public. Il ne faut pas oublier quelle a été mise sous toit en 1977 par la droite politique et quelle est défendue actuellement par la gauche.
Elle a des défauts, notamment une très grande rigidité, par exemple une incidence foncière fixe, quelque soit la situation de limmeuble, mais présente suffisamment davantages aux propriétaires et investisseurs privés pour que ceux-ci acceptent le contrôle étatique des prix.De plus, elle permet actuellement laccession à la propriété suisse pour des investisseurs étrangers. Elle a lénorme avantage dassurer au propriétaire une opération saine (pas de cas de faillite dans les subventionnés) et le montage dopérations de coopératives.