IMMEUBLES DE RENDEMENT, QUEL AVENIR ?
Par François Hiltbrand. Le Temps, 7 mai 2003.
Le prix des immeubles « de rendement » ne devrait pas augmenter nonobstant la pression de certains vendeurs sur des clients peu avisés. En effet, le marché offre peu dopportunité. Les immeubles en vente actuellement proviennent de portefeuilles des contentieux ou de faillites. On peut citer les portefeuilles de la fondation de valorisation des actifs de la banque cantonale de Genève, de la caisse Swissair, mais aussi de partages successoraux illiquides, de divorces etc. En somme que des situations où les immeubles doivent être réalisés dans un intervalle de 6 à 20 mois. Les autres propriétaires nont en effet aucun intérêt à réaliser leur patrimoine. Que ferraient-ils de leur argent ?
Certes le spectre dacquéreurs est plus large que les six derniers mois. Il nest pas rare dapercevoir de nouveaux acheteurs, sortant de la bourse et désireux dobtenir (enfin) un rendement certain de leurs investissements, rejoindre les professionnels de limmobilier local. Voilà les pigeons idéaux qui nont pas le réflexe dintégrer la principale caractéristique de limmobilier : le long terme. On ne le répétera jamais assez, les raisonnements basés sur les taux hypothécaires actuels, pour le calcul du rendement du capital investit, sont faux.
Le taux de capitalisation (qui permet de fixer le prix de limmeuble en relation avec son état locatif net) doit intégrer les futurs taux hypothécaires et les variations de linflation. Lachat dun immeuble signifiant lacquisition de ses revenus nets futurs. Or personne nest allé dans le futur pour nous indiquer de quoi notre avenir sera fait. Il ne reste quà se tourner vers le passé pour calculer les taux moyens sur une longue période. Laversion au risque, propre à tout investisseur, rend nécessaire dinclure une marge raisonnable et de proposer lacquisition au taux de 5,75 % sur létat locatif net. Ce taux est indicatif et qui présuppose une situation normale et un immeuble standard, tout en sachant que cette construction théorique nexiste pas.
Certains diront quavec les taux hypothécaires actuels, le rendement des fonds propres du propriétaire est amélioré et que ce nest pas « social ». Or cest justement cette marge qui permet dinvestir dans des travaux qui nont pas pu être réalisés ces dernières années et pour parer à toutes mauvaises surprises que nous réserve peut-être lavenir. La commande de ces travaux sera un acte social. Cette démarche est non seulement nécessaire pour la survie de léconomie du bâtiment et pour la conservation du patrimoine bâti mais aussi dans lintérêt du propriétaire.
Cest le bon moment pour consolider une position avec des prêts hypothécaires à 5 ou 10 ans et pour effectuer les travaux damélioration et dembellissement. Les taux à long terme sont bas, les prix des entreprises raisonnables. Reste à convaincre les autorités, notamment le Département de laménagement, de léquipement et du logement, et les acteurs politiques des deux extrêmes de léchiquier politique, quil est urgent den finir avec les positions conflictuelles (cest à croire que certains entretiennent une situation tendue comme sils en retiraient un intérêt personnel) et de favoriser linvestissement dans la pierre. Tout le monde en profitera.