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La crise bancaire et économique fera baisser les prix de l’immobilier
Par Alexandra Deruaz.

Le Temps 2 octobre 2002.

Le locatif de haut de gamme devrait subir la baisse de revenu des cadres bancaires. D’un autre côté, la pierre fait office de valeur refuge.

« Avec les bonus touchés durant les belles années boursières, je me suis acheté un appartement. Je m'en mords les doigts aujourd'hui. » Dans cette phrase lâchée par un employé de banque, beaucoup de ses confrères doivent se reconnaître. Les institutions financières sont confrontées à des temps difficiles, que d'aucuns comparent à la période des années 1930. Les bonus des collaborateurs, qui peuvent constituer jusqu'à 60 % du revenu, sont en chute libre. Les plus malchanceux se font licencier. A Genève, l'Union Bancaire Privée a annoncé la suppression de près de 300 emplois. Un chiffre similaire a été avancé chez LODH (Lombard Odier Darier Hentsch), pour ne mentionner que deux exemples récents. Sachant que les cadres bancaires ont longtemps joui d'une situation financière supérieure à la moyenne, le retournement de tendance a-t-il une incidence sur le marché de l'immobilier résidentiel ?

L'ensemble des acteurs le craint. Laure Brolliet, propriétaire de la régie du même nom, en ressent déjà les effets. Dans le segment locatif haut de gamme (de 6000 à 8000 francs de loyer mensuel), elle constate une diminution de la demande et des prix de l'ordre de 15 %. Ces biens sont surtout prisés par les collaborateurs d'entreprises internationales venus de l'étranger (banques ou industries) qui ne désirent pas s'établir définitivement à Genève.

En revanche, les employés de banque établis de longue date à Genève ont préféré acheter, note Laure Brolliet. Et dans ce segment-là, la baisse ne se fait pas encore sentir, estime-t-elle. « Pour l'instant, les ventes résistent bien, constate également Thierry Barbier-Muller, associé à la Société Privée de Gérance. D'un côté, le revenu du personnel bancaire baisse, tout comme les placements boursiers. Mais d'un autre côté, la pierre fait office de valeur refuge et les taux d'intérêt sont extrêmement bas. Je pense donc que les deux phénomènes se neutralisent. En ce sens, la tendance n'est pas comparable à celle du début de la dernière décennie lorsque la conjoncture s'est affaissée tandis que les taux ont augmenté. » Il faut ajouter à cette explication la faible offre de biens entre 1,5 et 3,5 millions francs, qui tend à retarder les effets négatifs de la baisse de l'activité financière. D'après Lorenzo Pedrazzini, associé de Colliers AMI, la contraction de la demande ne se manifestera pas avant douze mois. Avec comme corollaire, une baisse des prix de l'ordre de 20 à 30 %.

La situation relativement privilégiée de l'immobilier tient aussi au prestige qui lui est associé. « Déménager à la suite d'une baisse de revenu est mal vécu chez nous. C'est la dernière chose que font les gens, note Thierry Barbier-Muller. Ils commenceront par moins partir en vacances et garder leur voiture quelques années de plus. Mais il est vrai que la recherche de plus grands logements est aujourd'hui freinée. Toutefois pas au point de se laisser entraîner dans la spirale inverse, à savoir la recherche de plus petits biens immobiliers. » Mais lorsque cela arrivera, et les spécialistes du marché s'y attendent, ce sont les appartements de standing moyen qui risquent d'en subir les conséquences. Et voir leurs prix monter.

 

Dernière mise à jour: 6.12.2004

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